Après c’est tout !

J’ai bien fait d’attendre… Encore que…
On en était aux pistes cyclables de La Corogne que j’adore (La Corogne, pas les pistes cyclables) et à ma clé Peugeot devenue Fiat. Depuis, d’autres misères me sont arrivées. Raz-tout-ce-que-vous-voulez. Je raconte seulement parce que vous insistez mais ce sera la dernière fois (dit-elle). Et je fais vite car je n’y vois goutte en dehors des surfeurs.

Je disais donc que j’avais attendu trois plombes, à peu près, que le serrurier revienne de ses visites clients et travaille à l’atelier, juste pour moi. La boutique est fermée depuis belle lurette, sauf pour moi. L’épouse de mon sauveur finit par revenir au comptoir, toute fière et guillerette, avec une nouvelle clé. Du moins j’ai l’impression qu’elle est neuve car changer la coque n’est pas juste un bout de plastique. Il faut tout démonter et fabriquer à nouveau une nouvelle clé sauf… sauf, rappelez-vous l’histoire… sauf l’électronique (qui fonctionne quand elle veut) et le la ferraille bien sûr. Je remarque que je radote, un peu comme Natacha (La diva). Et le logo de la clé est d’une autre marque que mi furgo ! La dame m’explique longuement que maintenant c’est interdit de mettre un logo (incrusté dans la coque quand même) car les gens font croire qu’ils ont telle ou telle marque alors que c’est faux. Pourquoi donc alors son mari l’a-t-il installé ? Pas le temps de poser la question, la patronne me fait un clin d’œil, c’est une faveur ! Je n’ai pas le cœur de lui demander de le retirer. Je crains surtout que l’opération nous mène au bout de la nuit. Je la remercie donc chaudement et nous papotons encore un peu du quartier (moche mais elle adore), de la pluie (nous sommes en Galice – je radote) et du beau temps (incroyable depuis deux jours). 

J’enfourche enfin mon vélo ridiculement petit et sans batterie. Ai-je dit que La Corogne est vallonnée ? Le moins que l’on puisse dire même si le bord de l’eau où je suis garée et le centre touristique sont plats comme une limande. La boutique quant à elle, est dans le quartier pas touristique et ça grimpe. Ce fut rude à l’aller. Maintenant je descends et c’est dangereux. Même si je retrouve les pistes cyclables…

… Qui apparaissent et disparaissent sans raison apparente. Sur l’esplanade au bord de l’eau, elles sont déjà joueuses mais l’espace piéton est plus large qu’un stade foot. Tout va bien. Un peu plus loin, un peu plus délicat car c’est l’heure del paseo et les enfants jouent n’importe où. Il y a aussi des parcs à greemlins qui prennent toute la place. Je suppose que c’est la raison de la disparition des pistes cyclables. Je mets pied à terre. Puis remonte dès que la ville, la vraie, la pas touristique, commence. Piste correcte. Puis, ah, au secours ! Plus rien ! Je freine car je suis vigilante (pour une fois). Je comprends, il y a un arrêt de bus et la voie des vélos est entre la route et le trottoir. Petit écart donc et cela une bonne dizaine de fois. La boutique est loin. Voici les côtes. Au moins 10%, je fais du sur-place. Les piétons se moqueraient s’ils n’étaient pas si sympas. On est en Espagne. Les rues sont étroites, les trottoirs encore plus et il n’y a rien de spécial pour les bicyclettes. Normal. Je comprends maintenant pourquoi il n’y a pas de cyclistes à La Corogne, ni les « normaux » comme moi, ni les « plaies » comme les sportifs du dimanche. 

Retour au bercail-à-roues à la nuit tombée donc. En bas de la côte infernale, je retrouve les voies des bicyclettes, de l’autre côté de la voie rapide. Je n’ai pas emporté mon gilet fluo ni mes lumières. Je suis partie à midi, je ne pensais pas rester la journée à résoudre de vils problèmes techniques. Je suis donc triplement vigilante. Pas assez. La piste disparaît d’un coup et pas du tout parce que le trottoir est immense ou qu’il y a des arrêts de bus. Non, parce qu’il y a un pont et que la voie rapide prend toute la place ! Je hurle en freinant à temps ! Quand je vous dis que j’ai risqué ma peau ! Je me retranche sur le trottoir pas bien grand. Je suis presqu’arrivée à l’esplanade, à 10 minutes de mi furgo. Gloups, plus de trottoir ! Hors les bolides sur la route, personne à l’horizon, tout le monde est à table ou devant une série alakon (comme moi bientôt, j’ai bon espoir). Une seule issue, car il n’est pas question que je mette une roue sur la chaussée et encore moins que je fasse demi-tour, un grand portail devant un immense bâtiment. Je rentre, dubitative. Je me faufile entre la grille et l’immeuble, désespérément seule, lorsque, Ô miracle, des marcheurs, il y a une porte de sortie !

Enfin chez moi. Je dors pas trop paisiblement à cause des noceurs qui se garent et se dégarent comme des nœuds en cognant ma maison puis des éboueurs du petit matin. Dans tous les cas, mission accomplie, deux clés dont une neuve et une de rechange.

C’est fini ?

Mais non ! J’en ai d’autres en stock des emm… qui me font découvrir les villes par le petit bout du quotidien. J’aimerais tellement faire la touriste ! Je vais tout vous déblatérez ci-dessous et n’y reviendrai plus jamais quoiqu’il adviennent ensuite. Car dès que j’ouvre le blog pour vous faire rire avec mes misères, ces dernières n’arrêtent plus. Alors, c’est la dernière fois. C’est compris ?

D’abord, le Portugal et sa conduite étonnante, pour le dire gentiment. Je n’ai toujours pas compris leur code de la route et je ne dois pas être la seule car pas un Portugais ne le respecte. Et ça débouche sans crier gare, et ça pile car il faut saluer les amis, et ça vous dépasse à une vitesse bien trop peu permise, et j’en passe. Les panneaux nous limitent à 90 km/h et 10 mètres plus loin, derrière le bosquet, à 50. Sans raison apparente. Sauf l’état de la route épouvantable. Mais pas toujours. Ça doit être ça. Les Portugais connaissant le coin savent donc quand on doit ou non respecter les interdictions. En général, sur les nationales, on passe plutôt de 70 à 50 indifféremment et très souvent, quelle que soit l’état du bitume ou des pavés. Nombreux. Les agents de l’état ne doivent avoir rien d’autre à fabriquer que des panneaux. Et sur l’autoroute, c’est lunaire : limite à 120 et conseil de rouler plutôt à 50. Mais c’est criminel ! Non ? 

Le mystère me reste entier.

Et ce n’est pas tout : si vous voyez un panneau à 30, ne réduisez pas à 30, arrêtez-vous. Ou presque. 10 max. Pourquoi ? Parce que, les gendarmes couchés sont obèses. S’ajoute aussi parfois un fossé juste avant. Vous flinguez vos amortisseurs et vous flippez pour tout ce qu’il y a sous la carlingue, pot d’échappement, roue de secours, tuyau d’évacuation d’eau, batteries auxiliaires et j’en passe. Une fois. Pas deux. J’ai rencontré des français qui vivent au Portugal, on est d’accord, la conduite n’est pas saine du tout dans ce pays. Et j’en ai si peur que cela me fait faire des erreurs… Je manœuvre trop vite et me prends deux gnons coup sur coup, un derrière à gauche puis un devant, à droite. Enfin, pas moi, la furgo.

Quelques jours plus tard… Toujours pas réparée. Il faut au moins remettre le pare-choc pour la quatrième fois et j’aimerais cette fois tomber sur un bourrin qui me le visse définitivement à la Carosserie même si c’est hideux ! Je ne l’ai pas encore trouvé, les carrossiers sont trop gentils avec moi et veulent bien faire. Ils cherchent dans leur stock plus ou moins bien rangé les petits bitognos qui permettent de fixer proprement le pare-choc. Et pof, je racle, et pif ça tombe…

Venons-en au vélo… Encore…

Au Portugal, sauf exception, ne songez surtout pas à sortir votre bicyclette. Je l’ai fait. Je suis encore vivante, je n’en reviens toujours pas. Et pas seulement à cause de pistes cyclables pires que les premières parisiennes du temps de Chirac alors maire de la capitale française. C’est dire ! Car qui a vécu cette époque en a encore des frissons dans le dos. Non seulement les pistes apparaissaient et disparaissaient au hasard mais elles avaient un petit quelque chose qui a fait écrire à Télérama que Chirac n’avait rien trouvé de mieux pour éliminer les gauchaux. C’est bien connu, il n’y a(vait) que les socio pour rouler en vélo dans Paris. Riez riez mais pensez : les couloirs des deux roues étaient entre ceux des bus (parisiens, je rappelle, ce n’est pas n’importe quelle conduite) et celles des voitures (parisiennes, etc.), empiétant d’ailleurs un peu sur celles-ci. Nous, vélos, n’avions pas le droit de sortir de notre voie mais les quatre roues avaient le droit de rouler sur la nôtre. Ainsi, il était absolument impossible de tourner à gauche puisque nos pistes sont à droites (pas complètement, rappelez-vous, les bus vous taillent des short de ce côté) et qu’on n’a pas le droit d’en sortir. J’ai tenté une fois ou deux mais les voitures m’ont remise à ma place à coup de Klaxon et de queue de poisson. Ensuite, si on roule dans une petite rue sans couloir à vélo, on se fait insulter (oui, rappelez-vous on ne peut pas rouler ailleurs et les parisiens vous le signalent violemment). Alors, quand on a passé quelques après-midi à monter et descendre de vélo pour circuler dans Paris, on abandonne. Si on n’est pas mort. Au Portugal, c’est un peu pire car en plus ça monte et ça descend. Pourquoi donc n’ai-je pas à nouveau prêté attention au fait qu’il n’y a absolument aucun vélo dehors ?…

A Lisbonne en revanche, tout va bien, on est de nombreux deux roues. Ouf, rassurée… Ah non, crotte ! C’est pas vrai ! Je crève (ma bicyclette) alors que je n’ai encore rien visité ! Ne vous moquez pas. D’une boutique à l’autre, d’un gars charmant à l’autre, d’un incompétent à un compétent, la fin de la journée approche. J’ai un vélo « neuf » et en ai profité pour faire réparer mon téléphone qui le réclamait depuis quelques mois.

Maintenant, c’est fini. Définitivement fini ! Quoiqu’il arrive. 

J’ai dit que c’était fini ? Je n’aurais pas dû ou au contraire, j’aurais mieux fait… Quoi ? Écrire ou publier… Bref, depuis que j’ai écrit « c’est fini », il m’en est arrivé d’autres. Par exemple, mi furgo est devenu une buanderie : panne de la machine à sécher du lavomatic, juste pour moi. Et juste après, mission régulière de vider l’eau (noire) et remplir l’eau (blanche) mais la pluie m’en empêche. Inquiète, je mobilise mes six applications météo pour savoir si je reprend la route. C’est bon. Doucement et pauses régulières lorsqu’il pleut des trombes.
15h, ciel dégagé et météo rassurante. J’emprunte alors cette petite route typiquement portugaise avec ses nids de poules, ou plutôt ses trous de boulets, et autant de panneaux inutiles. D’un coup, la pluie. Qui me rappelle celle du nord de l’Australie quand on traçait après un cyclone. Mur d’eau. La nuit en plein jour. Ça gicle. J’ai vraiment peur, d’autant qu’on parle encore des catastrophes de Valence. Une de mes applications météo à la noix m’envoie un message d’alerte orange puis rouge alors que je ne peux absolument pas m’arrêter ! En une heure je n’ai croisé que trois voitures et la route rétrécie.

Et… Enfin… Chance que j’attrape en criant un grand ouf, un village, une côte et une place pour s’arrêter en haut de la côte. La boue dégouline sur la route mais ne fait qu’effleurer mes roues. Je suis garée sur une place presque plate, ce qui permet de dormir. Non ? Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de dormir en pente… Une éclaircie, je risque un nez dehors et mes groles dans la gadoue. Un voisin me salue, on cause en espagnol, je comprends enfin quand on me parle, et me conseille de ne pas bouger. Loin de moi l’idée. Bref, je dors  sur mes deux oreilles car la pluie se calme.  

Depuis, deux jours à Séville dont deux jours à l’Alcazar, un peu ma passion. Deux jours à Cadix dont deux à boire des coups avec les copains dans les petites rues de Cadiz 😉

Et maintenant, je file et vous laisse admirer mon paysage quasi quotidien car les misères ne sont pas si nombreuses. Si ?
Pourquoi donc alors raconte-t-on les mésaventures et non le paradis ? Tout est dans la question : au paradis, la douce vie. Qu’en dire quand on est, comme moi, si peu porté sur les descriptions ? Je ne suis pas non plus encore-convertie-à-la-méditation-dix-fois-par-jour, ni-à-la-pleine-conscience-permanente.

Ciao.

8 réponses sur “Après c’est tout !”

  1. L’Aventure avec un grand A. Tu n’as vraiment peur de rien, et en + tu racontes bien👍😊. J’ai les images qui défilent devant mes yeux a chaque nouveau paragraphe…
    Allez, depêche-toi de raconter la suite et nous faire découvrir d’autres très jolis paysages

    1. Merci tout plein Carole☺️. Mais attention, j’avais dit « c’est la dernière fois » pour les mésaventures 😂.
      Et pour les photos, je pourrais vous envoyer celle de ce matin, elle est assez originale : collines pelées andalouses à l’horizon, petit talus genre déchetterie au premier plan, route passante enarrière-plan devant des maisons collées les unes aux autres, le tout à deux pas de chez des amis avec qui je vais aller faire la fête à Jerez. Oui, en ville, on se gare où on peut. Quand je dis originale ici, c’est d’être en pleine campagne à la ville. Finalement pas si laid, une question de point de vue.

  2. Ya pas à dire, tu écris de mieux en mieux. Continue de nous faire rire avec tes -mes-aventures, ça nous fait des vacances en ces périodes de dépression hivernale/ Bizoux

    1. 🙏❤️😎
      En même temps, je n’en veux plus des mésaventures 😂, il y aura peut-être une bonne aventure, trouver un mécanicien Carossier, qui veuille bien jeter un œil à ma maison…

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