Fuengirola : des toilettes mythiques

Décembre, de retour à cette station balnéaire déjà vue il y a trois semaines. C’est plutôt moche, plein d’anglais et de bars moyens sympas, les voitures se prennent pour des bolides qui secouent mon lit et il pleut. Il y a aussi la mer en direct depuis mon « salon » (ceux qui connaissent mon fourgon savent que j’en ai même deux). Je ne me plains donc pas mais de là à y revenir… Petite mémoire, quelques erreurs. Mais mais mais… Je crois qu’inconsciemment, je voulais retrouver cette expérience unique qui me met en joie.

Serais-je capable de la raconter alors que je pouffe comme une idiote à chaque fois que j’y pense, que j’y vais ou que j’en reviens ? J’y pense en ce moment même, j’ai besoin d’y aller donc j’y vais et j’en reviendrai. je pouffe quatre fois, ris bêtement toute seule. Tentons de partager ces moments scatologiques hilarants.
Ah oui, c’est une histoire de pipi-caca. Ici, les toilettes publics existent, sont ouverts 24h/24, ont du papier et une autre chose que je vais dévoiler sous peu… Si j’y arrive. D’abord, il faut rentrer, ce qui n’est pas évident : la lumière verte est allumée, a priori tout va bien. Je cherche comment ouvrir car le bouton vert ne fait rien. Il y a un énorme bouton rouge à côté qui ne m’inspire pas confiance mais sur lequel finalement j’appuie car j’ai tout essayé. Bingo, la porte s’ouvre. Une fois dedans, la porte se ferme toute seule. Ce n’est pas rassurant. Et, d’un coup, un ding-dong digne d’une demande d’évacuer d’urgence retentit ! J’avais vu une dame effrayée sortir en courant tout en se rhabillant. Alors, je ne connaissais pas l’affaire. Maintenant, j’hésite. J’ose. A mon tour, je sursaute, je reste zen et ne fuis pas. Ensuite, une voix plutôt neutre et assez forte énonce en espagnol les consignes. En gros, on ne peut rester que 15 minutes au-delà desquelles la porte s’ouvrira automatiquement, le nettoyage est également automatique et le robinet versera de l’eau puis du savon puis vous sèchera les mains lorsque vous les passez dessous. Mêmes instructions en anglais. Vient le français…
Je ris rien que d’y penser. Je l’ai déjà dit, n’empêche… Allez, allez, je vous la conte. Sérieusement. La première fois, c’est vraiment déroutant, incongru et j’éclate de rire au risque de tomber du trône. J’y retourne d’autres fois, au besoin et aussi pour m’assurer que je n’ai pas rêvé. Et non, même un mois plus tard, on a droit à son petit moment de plaisir. J’y viens. Je pouffe.
Doit donc normalement suivre la version française des explications méthodiques, précises et un peu inquiétantes que l’espagnol et l’anglais viennent de débiter. La première fois, on pense ne même pas écouter la suite. Et là, attention ! Le début est le même : « Ces toilettes sont automatiques… ». Après cette courte phrase, on débiterait la suite quand on connait l’espagnol et l’anglais, ce qui est mon cas. Je commence d’ailleurs dans ma tête… Et stoppe interloquée car à la place des instructions, se déclenche une musique de jazz des années 50 très agréable et que j’imagine dans Trafic de Jacques Tati. J’ai failli me casser la figure, je hurle de rire, pense à une boutade (c’en est sûrement une) et je réussis à me lever plutôt gracieusement.
En chantant, je vais au robinet. L’eau coule mais pas le savon. Je me dis qu’il faut laisser un peu plus longtemps les mains ou au contraire un peu moins, rien n’y fait. Cela me permet d’apprécier cette ambiance jazzy iconoclaste. Et puis c’est déjà pas mal d’avoir les mains mouillées et de toute façon je m’en contrefiche car la charmante petite musique me trotte dans la tête. Je sors toute guillerette de ce lieu d’aisance qui porte ici si bien non nom. Je me marre jusqu’à arriver à mon camion qui n’est pas à côté. J’ai hâte de recommencer l’expérience mais bon, je n’ai quand même pas que ça à faire. Encore que…

J’y retourne (j’ai vaqué à d’autres occupations entre temps). Je reste plus longtemps cette fois-ci, histoire de danser un peu. Je sais maintenant qu’à la place des instructions en français je vais profiter du jazz. Je finis par sortir parce que l’endroit gâche un peu l’ambiance. Et pour sortir, il faut appuyer sur le bouton bleu allumé. Énorme comme le rouge à l’extérieur mais moins inquiétant, il est bleu, et plus explicite, il est allumé. Et pourtant des gens ont dû ne pas le trouver car une flèche orange découpée dans un plastique bien épais et collée à la main indique le bouton en question. Qui donc est demeuré au point de ne pas trouver la sortie ? C’est vrai qu’au-dessus du bouton bleu allumé Il y en a un autre qui est éteint, je croyais qu’on ne pouvait pas confondre. Mais oui, mais c’est bien sûr ! Ces gens ont peur, affolés par le ding-dong initial ou perturbés par le jazz inopportun, et quand on a peur, on perd ses moyens. Du moins moi, quand j’ai peur il ne faut pas me demander son chemin, je fuis. Je suppose que les types (typesses) de la maintenance ont été appelés si souvent qu’ils ont décidé de la grosse flèche orange. Mais alors, me dis-je, et si les mêmes types (typesses), qui doivent en avoir raz le bol d’être convoqués aux chiottes, avaient eu envie, comme ça, de faire une blague aux français ? Et si ces types (typesses) un peu farceurs ou bien très imbibés avaient accès à l’enregistrement ? Et si…
Mais pourquoi que pour les français ?

Dans tous les cas, il est temps pour moi d’y aller… Attention, ne nous méprenons pas, j’ai commencé à écrire hier matin et fais mil autres choses depuis, je ne passe pas ma vie aux petits coins (j’adore le qualificatif). Tout de même !
Mince, de toute façon il faut que j’y retourne, j’ai oublié de shazamer et de prendre une photo. Shazam : le morceau de jazz qui devient mon préféré est… Piano Solo par Stefano Brolis, Luca Bonomi & Alessandro Bottoli.

Pour la petite histoire et parce que je faisais des courses un peu plus loin, j’utilise d’autres watères. Quelle tristesse ! On ne peut pas se tromper pour ouvrir, il faut appuyer logiquement sur le bouton vert. A l’intérieur, personne ne nous parle et aucun bruit strident ne vient vous foutre la trouille. Évidemment pas de musique. Pour sortir, pas besoin de flèche en papier pour indiquer le bouton, il n’y en a qu’un. Point commun toutefois, pas de savon ni de séchage (ce qui est ennuyeux quand on a bien œuvré pour la plage…).

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